Une des plus importantes épidémies dans le monde en ce moment est une épidémie de solitude. C’est rendu plus qu’évident, le mode de vie moderne des pays industrialisés est en train de grandement réduire la quantité et la qualité de nos relations sociales. Nous nous sommes tous sentis seuls à un certain point de notre vie cependant, les effets dévastateurs et puissants de cette émotion pourraient vous choquer. Dans cet article, nous irons à travers les raisons pour lesquelles nous ressentons cette émotion et l’impact destructif de la solitude versus les bienfaits incroyables des liens sociaux.

En tant qu’humains, nous sommes une espèce sociale c’est-à-dire que nous avons évolué à pouvoir survivre dans la nature en nous rassemblant. Notre espèce étant très vulnérable à la prédation sauvage due à notre composition physiologique, la fonction la plus efficace que nous avons développée pour nous garder en vie a été de former des liens entre nos pairs. Non seulement sommes-nous très vulnérables comme espèce, nous sommes l’espèce la plus dépendante au moment de la naissance à comparer aux autres membres du règne animal. Ceci semble être la raison principale pour laquelle nos cerveaux sont programmés à rechercher de la compagnie, à ressentir de la compassion pour les autres et à se sentir seul lorsque nous sommes séparés soit physiquement ou émotionnellement d’autrui.

Le sentiment de la solitude est un signal de détresse qui existe pour nous prévenir que nous sommes en danger et exige que nous reconnaissions notre besoin de compagnons. Dans une étude faite par Julianne Holt-Lunstad nommée “Les relations sociales et risques de mortalité”, il a été conclu que la solitude entraîne un risque de mortalité équivalent à la cigarette et l’excès d’alcool. Une estimation approximative indique que la solitude chronique est généralement aussi dangereuse que de fumer 15 cigarettes par jour. La raison pour laquelle la solitude est aussi nocive pour la santé est due au fait que ce sentiment se manifeste sous forme de stress adaptatif ce qui taxe énormément le corps physique et mental. Voilà pourquoi la solitude est autant un détriment pour notre santé que la faim ou la soif. Ignorer notre solitude est aussi ridicule que d’ignorer tout autre besoin physique. De plus, la qualité de sommeil chez les gens qui se sentent seuls est grandement réduite. Ceci fait en sorte que non seulement ils sont plus stressés, leur capacité à réduire leur stress est inévitablement réduite rendant leur niveau de stress de plus en plus important de jour en jour créant un cercle vicieux. Cette situation grave prédispose les gens qui se sentent seuls à toutes sortes de maladies ainsi qu’aux addictions de tout genre.

Et ça ne finit pas là, des études faites par John Cacioppo, ancien professeur à l’Université de Chicago, révèlent le fait que la solitude accélère le vieillissement en causant des changements cellulaires qui altèrent l’expression génétique. Il a aussi fait des études qui concluent que la solitude augmente les risques de mort prématurée de 45%, ce qui surpasse la consommation excessive d’alcool qui elle se trouve à 30%. Les gens qui se sentent seuls ont deux fois plus de risque de développer la démence dû à un taux élevé d’inflammation dans la région du cerveau. En termes de maladies cardiovasculaires, la solitude tue plus que l’obésité puisque les gens qui se sentent seuls sont 29% plus à risque de développer des maladies cardiovasculaires et sont aussi 32% plus à risque de faire un ACV.

Passons maintenant à la situation inverse, l’impact positif des liens sociaux au niveau de la santé et de la longévité. Les études de Julianne Holt-Lunstad sont très révélatrices non seulement par rapport à la solitude, mais aussi au sujet des effets de liens sociaux. Dans une série d’études faite sur des dizaines de milliers de gens, elle pose la question suivante : quels sont les facteurs les plus importants pouvant prédire une longue vie? Elle a pris en compte tous les aspects du mode de vie des gens étudiés, c’est-à-dire leur alimentation, leur niveau d’exercice, s’ils étaient mariés ou non, la fréquence à laquelle ils visitaient leur docteur, s’ils fumaient ou buvaient, etc. Ce qu’elle a découvert fut une surprise pour beaucoup de gens. L’étude a conclu que les deux facteurs les plus importants d’une longue vie sont le fait d’avoir des relations proches et fortes ainsi que le sentiment d’être intégré dans sa communauté. Ceci veut dire que si vous voulez vivre pour longtemps, ce qui est le plus important c’est d’avoir des relations importantes avec au moins quelques personnes et que vous sentez que vous faites partie de votre communauté, ce qui vient par l’interaction quotidienne avec les gens qui vous entourent. Non seulement aurez-vous une vie plus longue, mais votre vie sera bien plus agréable et vous serez plus heureux selon ce que révèlent les études de Joan Silk, une anthropologiste qui a démontré que les babouins femelles qui ont un cercle de liens serrés avec les autres femelles de leurs tribus ont un taux de stress plus bas, vivent plus longtemps et ont des enfants qui survivent plus souvent.

Nous n’avons qu’exploré ce sujet légèrement au travers de cet article cependant, nous espérons que vous pourrez être plus conscients de l’importance cruciale de ce besoin essentiel que sont les relations que nous avons avec les autres. Ceci doit être mieux compris pour que l’on puisse réellement créer un monde plus heureux et sain pour nous tous. Le plus vous serez conscient de cet enjeu, le plus vous verrez que tellement de notre souffrance en revient à ce sujet qui est le sentiment de solitude. En agissant par rapport à cette condition commune, nous pouvons vraiment améliorer notre qualité de vie et vivre plus de joie au quotidien.

Références

– Holt-Lunstad J, Smith TB, Layton JB (2010) Social Relationships and Mortality Risk: A Meta-analytic Review. PLoS Med 7(7): e1000316. https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1000316
– John T. Cacioppo, Stephanie Cacioppo & Dorret I. Boomsma (2014) Evolutionary mechanisms for loneliness, Cognition and Emotion,28:1, 3-21, DOI: 10.1080/02699931.2013.837379
– Silk, J.B., Beehner, J.C., Berman, T.J., Crockford, C., Engh, A.L., Moscovice, L.R., Wittig, R.M., Seyfarth, R.M., & Cheney, D.L. 2010. Strong and consistent social bonds enhance the longevity of female baboons. Current Biology 20: 1359-1361.